Sur la route du Dunki : comment des migrants népalais transforment un visa saisonnier en fausse demande d’asile

Trois jeunes Népalaises partageaient un même rêve : rejoindre l’Europe, gagner de l’argent, se construire un avenir meilleur et, à terme, obtenir un titre de séjour européen et un passeport rouge. Leur histoire — reconstituée à partir de témoignages recueillis pour ce reportage — illustre un parcours que des milliers d’autres Népalais tenteraient chaque année : la « route du Dunki », un chemin qui débute par un visa légal et s’achève par une demande d’asile fondée sur une fausse identité.
Un rêve partagé, un chemin illégal

L’une des trois femmes, originaire de Pokhara, était en couple avec un homme déjà arrivé illégalement en France en 2024, après être entré en Europe avec un visa saisonnier et avoir transité par la Croatie. Une fois à Paris, il aurait mis en place un petit réseau : loger les nouveaux arrivants, les aider à déposer une demande d’asile et leur trouver des emplois informels. Selon le récit recueilli, il aurait encouragé sa compagne à le rejoindre et à amener d’autres personnes, promettant de tout organiser. Par l’intermédiaire d’un courtier à Katmandou, la jeune femme et deux compagnes ont obtenu des visas de travail saisonnier autrichiens et sont parties ensemble.
Une ferme autrichienne, et un plan de fuite

- Le trajet est passé de Katmandou à Mumbai, puis à Vienne.
- Le visa était un authentique permis agricole saisonnier de six mois, autorisant un travail légal en Autriche.
- À leur arrivée, une entreprise aurait conservé leurs passeports, invoquant des raisons de « sécurité ».
- Après 25 jours de travail agricole, les trois femmes ont demandé la restitution de leurs passeports pour envoyer de l’argent chez elles.
- Une fois les passeports récupérés, elles ont quitté Vienne par la route, en passant par l’Allemagne en direction de Paris — un itinéraire qui aurait été planifié avant même leur départ d’Autriche.

Apprendre le tibétain, construire une fausse identité
Encore en Autriche, deux des femmes auraient commencé à apprendre le tibétain, se préparant à revendiquer le statut de réfugiées tibétaines une fois en France — alors que, selon le récit, toutes deux sont des ressortissantes népalaises d’origine mongole, et non tibétaine. Le plan reposait sur la présentation d’une identité fabriquée, suffisamment crédible pour convaincre lors d’un entretien d’asile.

La troisième femme, dont l’apparence ne correspondait pas à ce profil, aurait suivi un autre schéma. Le réseau comptait, semble-t-il, une autre migrante arrivée plus tôt à Paris illégalement via la Roumanie, qui avait obtenu en 2024 une carte de réfugiée de quatre ans après avoir invoqué des discriminations fondées sur le genre. La jeune femme de Pokhara aurait repris un récit similaire — se présentant comme divorcée, victime de violences conjugales et menacée par sa famille — pour appuyer sa propre demande.

Paris : une « plaque tournante » et le commerce de l’asile
À leur arrivée à Paris, les trois femmes auraient été hébergées chez une femme liée au réseau, dont le domicile aurait fonctionné comme une sorte de plaque tournante — accueillant déjà d’autres migrants entrés illégalement en Europe et ayant depuis obtenu l’asile. Peu après leur arrivée :

- Les femmes auraient détruit leurs passeports, comptes de réseaux sociaux et autres documents d’identification.
- Ce geste, selon le récit, n’était pas improvisé : il s’agit d’une pratique courante sur cette route (appelée « le Jeu » par les passeurs) visant à brouiller l’identité, compliquer une expulsion et renforcer une demande d’asile.
- Le réseau aurait fourni de faux documents en provenance du Népal et coaché les femmes sur la façon de répondre aux questions de l’OFPRA, l’autorité française de l’asile, ainsi que sur le récit à présenter en entretien.
Selon le témoignage recueilli, le réseau facturait des sommes importantes pour faire entrer en France des titulaires de visas saisonniers et les aider à déposer une demande d’asile — un acompte versé depuis le Népal, un paiement supplémentaire à l’arrivée à Paris, et des commissions pour le placement dans des emplois informels.
Travailler illégalement en attendant une décision

En France, les demandeurs d’asile n’ont pas le droit légal de travailler pendant environ six mois, le temps de l’instruction de leur dossier. Selon le récit, le réseau aurait transformé cette restriction en une nouvelle source de revenus, plaçant des migrants sans papiers dans des emplois informels — notamment dans des instituts de beauté, des restaurants et des services de nettoyage — moyennant commission. Cela aurait généré un double revenu pour le réseau : des frais versés par les nouveaux arrivants, et des commissions sur les placements professionnels.
Les trois femmes seraient toujours en attente d’une décision concernant leur carte de réfugiée et travailleraient actuellement sans autorisation légale. Les organisateurs du réseau resteraient actifs, continuant de faire venir de nouveaux arrivants depuis le Népal.
Un cas loin d’être isolé
Cette histoire est loin d’être unique. Chaque année, des milliers de jeunes Népalais tenteraient d’emprunter la route du Dunki vers l’Europe, en passant par :
- la Croatie
- la Roumanie
- la Grèce
- la Slovaquie
- l’Autriche
- la Turquie
- la Serbie
— avant de rejoindre finalement la France, l’Espagne ou l’Italie. Le schéma type : entrer légalement avec un visa saisonnier en Autriche, en Croatie ou en Roumanie, puis franchir des frontières illégalement avant de chercher à exploiter le système d’asile.

Pourquoi cela compte
L’abus du système d’asile est devenu, selon des observateurs, une nouvelle forme dangereuse de traite d’êtres humains. À mesure que l’obtention d’un titre de séjour légal dans les pays européens les plus riches — en particulier la France — se complique, certains migrants népalais en seraient venus à considérer la fraude à l’asile comme un raccourci. Cette tendance a un coût réel :
- Il s’agit d’une infraction pénale au regard du droit du pays d’accueil.
- Elle détournerait, selon les observateurs, des ressources de protection destinées aux véritables réfugiés.
- Elle risque de nuire à la réputation internationale du Népal et à la crédibilité des détenteurs de passeports népalais.
Des réseaux comme celui décrit ici conserveraient une influence informelle au sein de certaines organisations de la diaspora, ce qui limiterait, selon les témoignages, toute reddition de comptes. Lorsque des preuves existent, les personnes concernées et les membres de la communauté sont encouragés à signaler ces réseaux aux autorités compétentes. Pour quiconque serait tenté par la route du Dunki après avoir lu ce récit, l’avertissement est clair : le bénéfice financier revient aux organisateurs, pas au migrant — et le coût à long terme est supporté par les véritables réfugiés et par l’image du Népal à l’étranger.
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English Article: https://nepalidiaspora.online/2026/09/02/inside-the-nepali-smuggling-network-how-dunki-routes-and-fake-tibetan-identities-secure-asylum-in-france/

